Prêter à un proche ne se refuse pas. Mais un prêt sans trace écrite, c'est une amitié qu'on met en jeu sans filet. Voici ce que la loi française exige — et ce que les modèles gratuits oublient de vous dire.
Un prêt entre proches se conclut souvent en trois phrases et un virement. Tout le monde est de bonne foi, et c'est précisément pour cela qu'on n'écrit rien : écrire, ce serait douter. Puis les mois passent, les souvenirs divergent, et il ne reste que deux versions d'une même histoire.
Le document qui protège les deux parties s'appelle une reconnaissance de dette. Il n'a rien d'agressif : il protège autant celui qui doit — en fixant ce qu'il doit, et rien de plus — que celui qui a prêté.
Le texte est court, et il est impitoyable sur un point. Un écrit par lequel une seule personne s'engage à payer une somme d'argent ne fait preuve que s'il comporte deux choses : la signature de celui qui s'engage, et la mention — écrite de sa propre main — de la somme, en toutes lettres ET en chiffres.
C'est ici que la plupart des modèles gratuits trahissent leurs utilisateurs : ils fournissent un beau document pré-rempli, entièrement tapé à l'ordinateur. Signé tel quel, il perd l'essentiel de sa force probante.
Au-delà de 1 500 €, un écrit est en principe nécessaire pour prouver l'existence du prêt. En dessous, la preuve peut être apportée par d'autres moyens — mais « peut » ne veut pas dire « facilement ».
Et si l'écrit est imparfait — mention manquante, montant seulement en chiffres — tout n'est pas perdu pour autant : le document vaut alors commencement de preuve par écrit. Il devra être appuyé par d'autres éléments : relevés bancaires, messages, témoignages. Autrement dit, vous ne partez pas les mains vides, mais vous partez en difficulté.
Un témoin atteste qu'il a vu. Il ne s'engage à rien, ne paiera jamais rien, et sa seule fonction est de rendre la contestation plus difficile. Sa présence coûte zéro et vaut beaucoup.
Un garant, lui, s'engage à payer si le débiteur ne paie pas. Ce n'est pas une formalité : c'est un engagement financier réel, qui peut lui être réclamé. On ne demande pas à quelqu'un d'être garant à la légère, et on n'accepte pas de l'être sans avoir compris ce qu'on signe.
Un document ne rembourse pas. Ce qui fait qu'un prêt entre proches se solde bien, ce n'est pas le papier : c'est le suivi. Savoir où on en est, sans avoir à le demander. Voir venir une échéance avant qu'elle ne soit manquée. Et, quand une difficulté survient, pouvoir en parler tôt — pendant qu'elle est encore petite.
La plupart des prêts entre proches ne tournent pas mal à cause d'une mauvaise foi. Ils tournent mal parce que personne n'a osé reparler d'argent assez tôt.
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