Njangui, natt, susu, hui : le même mécanisme, quatre continents
On croit souvent que la tontine est africaine. Elle est humaine. Partout où les banques ont manqué, les gens ont inventé la même chose — et lui ont donné un nom différent.
La rédaction BMD··2 min de lecture
Un détail frappe quiconque s'intéresse aux tontines : le mécanisme est presque identique d'un bout à l'autre de la planète, alors que les groupes qui le pratiquent ne se sont jamais parlé. Ce n'est pas une idée qui a voyagé. C'est une idée que l'on retrouve, encore et encore, parce qu'elle répond à un besoin universel.
En Afrique
Njangui (ou djangi) — Cameroun. Souvent adossée à une association de quartier ou de village, avec des réunions régulières.
Natt — Sénégal. Fréquemment portée par des groupes de femmes, qui en font aussi un instrument d'entraide et d'investissement.
Susu — Ghana, et jusqu'aux Caraïbes, emporté par la diaspora.
Esusu, ajo — Nigéria, chez les Yoruba et les Igbo.
Adashe — pays haoussa. Stokvel — Afrique du Sud. Chama — Kenya.
Kixikila — Angola, présente dans toute la diaspora lusophone.
En Asie
L'Asie a poussé le mécanisme plus loin que quiconque, en y ajoutant les enchères. Au lieu d'un ordre fixé d'avance, les membres se disputent chaque tour : celui qui accepte de recevoir le moins passe en premier, et l'écart profite aux autres.
Hui (合會) — Chine et diaspora chinoise. C'est la forme aux enchères par excellence.
Tanomoshikō (頼母子講) et mujin (無尽) — Japon. Des pratiques attestées depuis des siècles.
Gye (계) — Corée. Encore très vivante, y compris en ville.
Committee, bhishi — Inde et Pakistan.
Ailleurs
Tanda (Mexique), cundina, pandero (Pérou), natillera (Colombie), san (République dominicaine).
Jam'iya (جمعية) — monde arabe, du Maghreb au Levant.
Chyornaya kassa (« caisse noire ») — espace russophone, où le mot désigne une caisse d'entraide entre collègues.
Le mot qui trompe : « tontine » en anglais
Ce que cette universalité nous dit
Que la tontine n'est pas un pis-aller des pays sans banques. C'est une réponse à quelque chose que les banques ne savent pas faire : prêter sur la seule foi d'une réputation, à l'intérieur d'un groupe où chacun connaît chacun.
La banque évalue un dossier. La tontine évalue une personne. Ce n'est pas la même chose, et l'une ne remplace pas l'autre.
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